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Klaus Geyer

Klaus Geyer

Klaus Geyer, © Auswärtiges Amt

25.04.2018 - Article

2009 – 2012
[...] À notre grande joie, Helmut Schmidt était prêt à accepter notre demande. [...]Les deux hommes, assis dans leurs fauteuils roulants, ont eu un peu de mal à entrer en conversation. Mais cela a changé tout d’un coup lors qu’ils ont commencé à échanger des souvenirs de jeunesse. [...]

Une des tâches agréables d’un consul général est la remise solennelle d’une décoration de la République fédérale d’Allemagne. Mais que faire si une personnalité du pays hôte possède déjà les médailles les plus hautes et continue de faire des choses bonnes et dignes ? J’ai été confronté pendant mon mandat de consul général à Montréal (2009-2012) à un tel cas, également nouveau pour moi.

Beaucoup de Montréalais se souviendront certainement de monsieur Rolf C. Hagen, qui, après avoir immigré au Canada au début des années 50, était devenu un homme d’affaires d’envergure et fondateur d’une entreprise mondialement active et prospère. Durant toute sa vie, il ne cessa de faire des dons généreux à la communauté allemande de Montréal, aux églises et à l’école allemande Alexander von Humboldt. Peu avant mon arrivée, il avait apporté une contribution importante à la construction du nouveau gymnase de l’école, appelé d’après lui « Centre sportif Hagen ». Il était déjà porteur de la Croix fédérale du mérite et de la Grande Croix du Mérite depuis longtemps. Comment pouvions-nous le remercier pour ses nouveaux bienfaits ? Tout à coup, une occasion appropriée est survenue : L’ex-chancelier allemand Helmut Schmidt a annoncé sa visite pour fin mai 2011 afin de participer, dans la ville de Québec, à la réunion annuelle du « Conseil d’interAction », une association d’anciens chefs d’État et de gouvernement, organisée par l’ancien Premier ministre du Canada Jean Chrétien. Après la conférence, sur le chemin du retour, Helmut Schmidt avait l’intention de se rendre sur la tombe de son ami Pierre Trudeau au cimetière de Saint-Rémi avant de prendre le vol de retour à l’aéroport de Montréal. Lorsque Rolf Hagen avait appris cette visite, il a exprimé son grand désir de rencontrer très brièvement Helmut Schmidt, qu’il admirait pour son engagement en tant que Sénateur (ministre) de l’Intérieur de la ville de Hambourg lors de la grande crue de février 1962 et d’échanger quelques mots avec lui, pendant 5 minutes au maximum. D’après le programme de visite assez chargé, le meilleur endroit pour une telle rencontre était l’hôtel de l’aéroport où une pause était prévue avant le départ. À notre grande joie, Helmut Schmidt était prêt à accepter notre demande.

Le rendez-vous a eu lieu dans une chambre d’hôtel. Les deux hommes, assis dans leurs fauteuils roulants, ont eu un peu de mal à entrer en conversation. Mais cela a changé tout d’un coup lors qu’ils ont commencé à échanger des souvenirs de jeunesse. Il s’est avéré que Rolf Hagen avait fréquenté l’école professionnelle à Hambourg dont le père de Helmut Schmidt était alors directeur. La famille Schmidt quant à elle avait passé régulièrement des vacances à Grömitz, station balnéaire de la mer Baltique et ville natale de la famille Hagen. Bientôt ils ont commencé à parler en bas-allemand. Après 45 minutes, ils se sont dit au revoir, très visiblement de bonne humeur. Tous les invités ont quitté la pièce pour que Helmut Schmidt puisse se reposer un peu.

Quatre mois plus tard, un livre commun de Helmut Schmidt et de Peer Steinbrück (un ancien ministre fédéral des Finances) intitulé « Zug um Zug » (coup sur coup) a été publié en Allemagne. Il s’agissait d’un dialogue sur les grandes questions du monde, y compris la règlementation de plus en plus contraignante sur l’interdiction de fumer dans un nombre grandissant de pays, un sujet qui fâchait beaucoup le fumeur notoire Helmut Schmidt. Bien sûr, nous l’avions informé avant son arrivée et lui avions rappelé à maintes reprises que cela valait aussi pour les chambres d’hôtel canadiennes. Mais, peut-être à cause de sa rencontre animée avec M. Hagen, il a dû oublier ces conseils, ce qui se reflétait dans le passage suivant de son livre (p.18) : « J’ai eu un peu de prestige en Amérique. Mais récemment, au Canada, j’ai dû payer à l’hôtel un supplément de 150 $ pour un nettoyage à fond après que la chambre ait été utilisée par le fumeur Schmidt ». Sur la remarque de Peer Steinbrück, qu’à Hambourg cela lui aurait coûté 60 EUR seulement, il continuait : « 60 euros ? C’est moins cher que 150 $ ! Non, sérieusement, c’est une hystérie qui s’est propagée à travers la moitié du monde en partant de l’Amérique. Mais cela finira tout autant que la prohibition. »

Les fumeurs du monde entier le remercieront certes pour cette vision réconfortante. Mais ne sera-t-elle jamais réalisée ?

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